Deux cartes microSD visuellement identiques côte à côte près d'un lecteur USB

Une carte microSD contrefaite ne tombe pas en panne : elle ment. Son contrôleur est reprogrammé pour annoncer 512 Go alors que la puce en contient 64. L'ordinateur la voit comme une 512 Go, le formatage confirme 512 Go, les premiers fichiers se copient sans une erreur. Le piège se referme plus tard, quand les écritures dépassent la capacité réelle : elles repassent par-dessus les données déjà en place, sans le moindre message. Sur une console rétro, ce sont les sauvegardes qui disparaissent, et personne ne fait le lien avec la carte. Un seul test tranche la question.

Ce qu'est réellement une carte de fausse capacité

Une carte microSD déclare sa taille au système par ses registres internes, et le système la croit sur parole : il n'a aucun moyen de compter les puces. Une contrefaçon exploite exactement ça. Le contrôleur annonce une capacité gonflée, souvent quatre à huit fois la capacité réelle, et il continue de l'annoncer après un formatage complet.

La suite dépend du bricolage employé. Le plus souvent, les adresses au-delà de la mémoire réelle rebouclent sur le début de la carte : écrire à l'adresse 100 Go revient à écrire à l'adresse 4 Go et à détruire ce qui s'y trouvait. Ailleurs, les données écrites hors capacité partent dans le vide et reviennent à zéro à la relecture. Aucune erreur n'est signalée pendant l'écriture.

Deuxième famille, moins connue : la capacité est réelle, mais la carte est montée avec des puces déclassées, rebutées en usine. Elle perd des secteurs au fil des semaines. Le test décrit plus bas détecte les deux cas.

Pourquoi c'est plus grave sur une console rétro

La carte d'une console comporte deux zones. Une grosse zone statique, écrite une fois — système, fichiers de jeu, jaquettes — et une petite zone vivante, réécrite à chaque session : sauvegardes, états instantanés, base de données du menu, configuration. C'est la zone statique qui remplit la carte, donc elle qui déborde de la capacité réelle. Or sur une carte qui reboucle, une partie des écritures de la zone vivante atterrit pile sur des données déjà en place.

Le symptôme n'est donc jamais « la carte est morte ». C'est un jeu qui redémarre à zéro, une sauvegarde qui refuse de se recharger, une jaquette devenue un carré de pixels, un émulateur qui plante toujours au même endroit. On soupçonne le firmware, on réinstalle, on reformate, et la carte repart pour un tour. Notre article sur les causes d'un jeu qui ne se lance pas range d'ailleurs la carte parmi les suspects, et notre guide des sauvegardes indique où elles se trouvent selon le système.

Les signaux d'alerte au moment de l'achat

Aucun de ces signaux ne prouve rien isolément. Deux ou trois ensemble justifient un test avant d'utiliser la carte.

  • Le prix. La mémoire flash a un prix au gigaoctet. Une 512 Go affichée au tiers du tarif d'une carte de marque équivalente n'a pas de secret de fabrication. Attention toutefois : certaines contrefaçons sont vendues au prix fort, pour ne pas éveiller de soupçon. Un prix normal ne garantit rien.
  • L'emballage et la carte. Impression de mauvaise qualité, polices qui ne correspondent pas à celles du fabricant, étiquette mal centrée ou qui se décolle, faute d'orthographe, absence de code-barres, blister sans scellé. Sur les cartes de marque, l'absence de numéro de série imprimé au dos est un signal.
  • La capacité annoncée. Le marché grand public plafonne aujourd'hui à 2 To, et ces cartes sont chères et rares. Au-delà, c'est faux.
  • La marque. Marques inconnues, et surtout marques connues qui n'ont jamais fabriqué de mémoire : le logo d'un constructeur de téléphones sur une microSD est un signal en soi. Une référence introuvable sur le site du fabricant n'existe pas.
  • Le vendeur. Sur les places de marché, regardez qui expédie réellement : un produit vendu par un tiers dans une fiche à l'apparence officielle n'engage pas l'enseigne.

Les cartes fournies « en cadeau » avec une console restent la source la plus fréquente de mauvaises surprises : elles ne sont pas l'objet de la vente, et personne ne les a contrôlées. Les critères qui comptent vraiment sont dans notre guide pour choisir sa carte microSD.

Pourquoi la capacité affichée par l'ordinateur ne prouve rien

Le réflexe de tout le monde : brancher la carte, lire « 476 Go libres » dans l'explorateur, conclure qu'elle est bonne. Cette information vient de la carte elle-même. Une contrefaçon annonce exactement le chiffre que vous espérez voir, et l'annoncera encore après formatage. Les outils d'information disque qui se contentent de lire ces registres ne valent pas mieux.

Au passage, l'écart entre la capacité imprimée et celle affichée par Windows n'a rien à voir avec une fraude. Les fabricants comptent en gigaoctets décimaux, un milliard d'octets, le système affiche des gibioctets, 1 073 741 824 octets. Une carte de 128 Go apparaît donc autour de 119 Go. Copier un seul gros fichier ne prouve rien non plus, tant que le total écrit reste sous la capacité réelle.

La seule méthode fiable : écrire toute la carte, puis la relire

Le principe tient en une phrase : on remplit la carte jusqu'au dernier octet avec des données connues, puis on relit tout et on compare. Une carte honnête rend exactement ce qu'on lui a confié ; une carte truquée rend des zéros, des données d'un autre bloc ou du bruit à partir de sa capacité réelle. C'est long, et aucun raccourci ne donne la même certitude.

Le test remplit la carte. Faites-le sur une carte vide, ou copiez d'abord tout son contenu sur votre ordinateur : si c'est la carte livrée avec une console, cette copie est de toute façon la première chose à faire. Et si elle est arrivée remplie de jeux, lisez notre page où jouer légalement avant de la remettre en service.

Sous Windows : H2testw

H2testw est un utilitaire gratuit du magazine allemand c't, écrit par Harald Bögeholz. Il ne s'installe pas : on décompresse l'archive et on lance l'exécutable. L'interface propose l'allemand ou l'anglais.

  1. Formatez la carte, ou videz-la : le test écrit dans l'espace libre.
  2. Lancez le programme, choisissez English, puis Select target et désignez la lettre de la carte.
  3. Laissez l'option all available space cochée. Un test partiel ne prouve rien.
  4. Cliquez sur Write + Verify. Le programme écrit des fichiers .h2w de 1 Go jusqu'à saturation, puis relit tout et compare.
  5. À la fin, supprimez les fichiers .h2w et reformatez la carte.

Ne débranchez rien pendant l'opération et désactivez la mise en veille : elle invalide le résultat.

Sous Linux et macOS : f3write et f3read

F3, pour « Fight Flash Fraud », fait la même chose en ligne de commande : sudo apt install f3 sur Debian et Ubuntu, brew install f3 sur macOS avec Homebrew. La carte doit être formatée et montée ; on passe au programme le point de montage, pas le périphérique brut.

  • Écriture : f3write /media/utilisateur/NOM_DE_LA_CARTE sous Linux, f3write /Volumes/NOM_DE_LA_CARTE sous macOS.
  • Relecture : f3read suivi du même chemin.

f3write crée lui aussi des fichiers .h2w de 1 Go et affiche la vitesse d'écriture moyenne ; f3read les relit et affiche un bilan. Les deux s'exécutent sans droits particuliers. Le projet fournit aussi f3probe, bien plus rapide mais réservé à Linux : il travaille sur le périphérique démonté, exige les droits administrateur et détruit le contenu.

Le contrôle rapide qui ne remplace pas le test

Sous Windows, ValiDrive donne une première réponse en quelques minutes. Il ne remplit pas la carte : il sonde 576 zones de 4 kilo-octets réparties sur toute l'étendue déclarée, soit environ 2,4 Mo, et affiche une grille de couleurs. Son auteur le présente comme un sondage rapide, pas comme un test approfondi. Il sert à trier, pas à conclure.

Combien de temps prévoir

La durée dépend de la capacité, de la carte et du lecteur, jamais du logiciel : capacité divisée par la vitesse d'écriture, plus capacité divisée par la vitesse de lecture. Les ordres de grandeur ci-dessous supposent un lecteur USB 3 avec une carte V30 (écriture 30 Mo/s, lecture 80 Mo/s), puis un lecteur USB 2 ou une carte d'entrée de gamme (12 Mo/s et 30 Mo/s). À ajuster selon votre matériel.

Capacité Lecteur USB 3, carte V30 Lecteur USB 2 ou carte lente
32 Go environ 25 min environ 1 h
64 Go environ 50 min environ 2 h
128 Go environ 1 h 40 environ 4 h
256 Go environ 3 h 15 environ 8 h 20
512 Go environ 6 h 30 environ 16 h 30

Lancez le test le soir et laissez la machine travailler. Le lecteur pèse plus lourd que n'importe quel réglage : ceux intégrés aux ordinateurs portables plafonnent souvent loin sous ce dont la carte est capable.

Lire le résultat

H2testw affiche Test finished without errors quand tout va bien, avec le volume testé et les vitesses mesurées. Avec F3, f3read montre une ligne Data OK égale à la totalité de ce qui a été écrit, Data LOST à zéro, ainsi que les compteurs Corrupted, Slightly changed et Overwritten à zéro. Une carte saine ne donne pas de résultat intermédiaire.

En cas d'échec, H2testw annonce The media is likely to be defective et détaille combien de mégaoctets sont corrects et combien sont perdus, en distinguant secteurs réécrits, légèrement modifiés, corrompus, et mémoire « aliasée », c'est-à-dire les adresses qui rebouclent sur d'autres. F3 dit la même chose avec Data LOST, Overwritten et Corrupted.

La lecture est directe. Si le volume correct correspond à une capacité standard inférieure — environ 8, 16, 32 ou 64 Go sur une carte vendue pour 512 Go — vous tenez une fausse capacité caractéristique. S'il est proche du total avec quelques mégaoctets perdus, la capacité est probablement réelle et ce sont les puces qui sont mauvaises. Le verdict pratique est le même : cette carte ne recevra pas vos sauvegardes.

Une nuance avant de crier à la fraude : un test raté peut aussi venir d'un lecteur défaillant ou d'un concentrateur USB instable. En cas de doute, refaites-le sur une autre machine.

La carte est fausse : que faire

Ne la reformatez pas en espérant rattraper la situation. Aucun formatage ne corrige une capacité déclarée par le contrôleur, et le prochain remplissage détruira les mêmes données au même endroit.

  1. Conservez la preuve. Capture d'écran du rapport, emballage, facture. Un rapport H2testw ou F3 est un élément concret.
  2. Demandez le remboursement en écrivant noir sur blanc que le produit ne correspond pas à sa description. Pour un achat à distance auprès d'un professionnel, le délai de rétractation de quatorze jours s'applique de plein droit ; au-delà, c'est la garantie légale de conformité.
  3. Passez par la place de marché ou le moyen de paiement si le vendeur ne répond pas. Les procédures de litige des plateformes traitent ce cas couramment.
  4. Signalez. Pour un vendeur établi en France, SignalConso, le service de la DGCCRF. Ailleurs dans l'Union européenne, le Centre européen des consommateurs accompagne gratuitement les litiges transfrontaliers.

Mettez-la ensuite de côté plutôt que de la recycler en carte d'appoint : une fausse capacité utilisée « juste pour transporter des fichiers » finit toujours par en avaler un. Si au contraire le test est propre, préparez-la normalement et remettez vos fichiers en place selon l'arborescence de votre firmware.

Ce que nous faisons sur les cartes que nous vendons

Nous appliquons la méthode décrite ici. Chaque carte microSD vendue chez nous passe une vérification par écriture-relecture complète avant expédition : remplie jusqu'au bout, relue intégralement, envoyée seulement si le rapport est propre. C'est la seule façon d'être certain de ce qu'on expédie.

Cela ne dispense pas de tester une carte achetée ailleurs, et cela n'immunise contre aucune panne future : une carte authentique reste un consommable qui s'use. La règle qui protège vraiment vos parties ne change pas, une copie régulière de vos sauvegardes sur l'ordinateur. Les cartes contrôlées avant l'envoi sont regroupées dans notre rayon cartes microSD.

Questions fréquentes

Le test d'écriture-relecture abîme-t-il la carte ?

Non, dans des proportions négligeables. Une carte microSD supporte plusieurs centaines à plusieurs milliers de cycles d'écriture par cellule, et un remplissage complet en consomme un seul. Vous l'userez bien davantage en jouant deux ans qu'avec un test annuel.

Faut-il tester la carte fournie avec la console ?

Oui, c'est même le cas le plus utile : cette carte échappe presque toujours au contrôle qualité du vendeur. Copiez tout son contenu sur l'ordinateur, testez, puis remettez en place. Vous obtenez en prime une sauvegarde de la configuration d'origine.

ValiDrive suffit-il à conclure ?

Il suffit à condamner une carte, jamais à la valider. Il n'examine que 576 zones de 4 kilo-octets, environ 2,4 Mo. S'il montre des zones défaillantes, la carte part au retour. S'il ne montre rien, il reste à faire le test complet.

Mon ordinateur affiche 119 Go sur une carte vendue pour 128 Go. Est-elle truquée ?

Non. Le fabricant compte en gigaoctets d'un milliard d'octets, le système affiche des gibioctets de 1 073 741 824 octets. L'écart d'environ 7 % est normal et se retrouve sur toutes les cartes. Une contrefaçon affiche pile la capacité annoncée : c'est le test qui la démasque, pas le chiffre.

J'ai déjà perdu des sauvegardes. Puis-je les récupérer ?

Si elles ont été écrasées par rebouclage d'adresses, non : elles ont été physiquement remplacées. Un logiciel de récupération ne retrouvera que ce qui se situe sous la capacité réelle. Copiez immédiatement ce qui reste lisible, sans plus rien écrire sur la carte, puis mettez-la hors service.

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